mercredi 18 septembre 2013

Mélézitose



Comme vous savez tous, il existe plusieurs sortes des sucres qui se retrouvent dans le miel. Il y a les monosaccharides dont font partie le glucose et le fructose, les disaccharides comme le saccharose et le maltose, puis les trisaccarides ou vous retrouvez la mélézitose. On y retrouve aussi d’autres sucres encore comme le maltose mais en plus faible quantité.

Notre intérêt se porte donc sur le trissaccharide, la mélézitose ou sucre de « mélèze ». La mélézitose a été découverte en 1883 par Bounastre sur un mélèze. D’où son nom, ose signifie sucre.

La mélézitose existe seulement dans le miel de miellat, il n’y en a pas dans les miels de nectar. Si le miellat récolté par les abeilles contient beaucoup de mélézitose, il peut se transformer en miel difficilement à extraire car il cristallise en très peu de jours seulement. Tout miellat contient de la  mélézitose mais cela dépendra de la quantité …

La lachenide verte du sapin blanc ne produit pas assez de mélézitose pour que le miel cristallise en si peu de temps. Pour donner une idée, son miel contient environ 60% de saccharose et 15% de mélézitose. Le miellat de sapin blanc est donc toujours pauvre en mélézitose.

Dans le miellat produit par le puceron noir c’est l’inverse : 60% de mélézitose et 15% de saccharose seulement. Le miellat qui contient particulièrement beaucoup de mélézitose est produit par le puceron qui vit sur les mélèzes. Le nom de mélézitose porte quelque peu à confusion et on a tendance à croire qu’il est produit uniquement sur les mélèzes. Pourtant la principale responsable semble être le puceron noir de l’épicéa.
Quand l’abeille butine ce miellat, une grande partie de la mélézitose est déconstruite par une enzyme en  fructose et glucose. Malheureusement quand le taux en mélézitose est trop élevé, cela ne suffit pas pour éviter une cristallisation très rapide du miellat. C’est le cas si la teneur en mélézitose ne descend pas en dessous des 20%.
D’autres lachenides produisent une teneur en sucre moins régulière que le puceron noir.  Chez le puceron gris-brun (Cinara cuneomaculata) qui a été contrôlé da manière intense pendant 3 ans, la teneur en mélézitose variait entre moins de 25% et plus de 60% mais quand même facilement entre les 2 valeurs. Il en va de même pour d’autres pucerons sur d’autres arbres comme le pin, mélèze et le chêne. Lleur comportement n’a jamais été surveillé comme les 3 pucerons précédents.

D’après les connaissances à ce jour, c’est le puceron noir qui est principalement à l’origine du miel ciment ou béton. Il y a deux raisons à cela :
C’est la seule lachenide qui produit autant de mélézitose de manière constante.
Quand il y a beaucoup de miel cimenté, il y avait toujours une grande invasion de pucerons noirs. En revanche, à l’inverse ce n’est pas toujours le cas. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de pucerons noirs qu’il va forcément avoir du miel cimenté.
S’il y a suffisamment d’autres pucerons qui produisent aussi du miellat, les abeilles butineront qu’en partie ce miellat trop riche en mélézitose, le tout sera suffisamment mélangé pour ne pas poser de problème.

En autriche se dit que c’est le puceron farineux (Cinara castata) qui serait à l’origine du miel ciment mais concrètement il manque des recherches approfindie sur cette thèse. D’après le centre de recherche en Allemagne de sud ce n’est pas ce puceron.
Les producteurs de miellat n’ont pas tous leur pic de population en même temps. En général, « honigen » die fichtenquirlschildläuse, (la grande et la petite) avant le puceron farineux et celle-ci avant le puceron noir. Si les conditions météo sont bonne et que les 4 sortes de pucerons ont leur pic de croissances en même temps ça peut donner tellement que l’on peut récolter plusieurs fois en l’espace de peu de temps. Le miel cimenté se produit généralement que plus tard dans la saison quand il n’y a plus que le grand puceron noir qui est présent en masse
En europe centrale ce sont les insectes suivants qui produisent du miellat avec plus ou moins de mélézitose :
Le puceron noir de l’épicéa ou sapin rouge (Cinara piceae) et le puceron farineux de l’épicé (Cinara costata)
La lachnide verte du sapin blanc Buchneria (Cinara pectinatae)
Le puceron verruqueux du mélèze (Cinara laricis) et le puceron gris-brun du mélèze (Cinara cuneomaculata)
La teneur en mélézitose de miellats produits par la même variété de puceron peut varier considérablement d’un emplacement à l’autre et d’une année à l’autre. Le miellat contient souvent plus de mélézitose que le miel qui en est produit. Les abeilles savent donc décomposer la mélézitose mais ça leur prend pas mal de temps.

Dysenterie et mélézitose
Dans des essais il a été vu que des cristaux de sucres trop gros ne passent pas dans l’œsophage. Dans un autre essai il a été constaté que la teneur en eau des aliments d’hiver passe de 16,4 % à 23% pendant la cristallisation. Pour ingérer une certaine quantité de sucre, les abeilles sont donc contraintes à absorber plus d’eau. Le surplus d’eau qui ne peut être excrété s’accumule dans le rectum et si le poids de celui-ci dépasse 45% du poids corporel de l’abeille, les abeilles se vident. Parfois le rectum est si chargé que son contenu est refoulé dans l’intestin grêle ou l’intestin moyen
Il semble que des pertes hivernales sont en relation avec l’hivernage des abeilles sur du miel de sapin, d’épicéa et autres miellats qui contiennent tous beaucoup de dextrine et de mannite, substances indigestes pour l’abeille qui provoquerait de la dysenterie.
Les miellats sont trop riches en sels minéraux, il y a une teneur élevée en potassium et magnésium.
En Russie, où ils ont fréquemment des problèmes de miellat, ils ont fait des essais de déminéralisation par un échangeur d’ions. La prolongation de la vie des abeilles était de 50%.
Un taux trop élevé en sels minéraux semble provoquer la destruction de la membrane péritrophique  et un endommagement des cellules épithéliales de l’intestin moyen. On sait que les cellules épithéliales sécrètent des enzymes qui aident digérer certaines substances ; elles servent également à transporter la nourriture décomposée de l’intestin au sang (hémolymphe). L’absence des cellules intactes dans l’intestin bouleverse donc l’absorption des substances nutritives, le métabolisme de l’eau et probablement d’autres fonctions physiologiques.

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